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4 Avril 2011

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Edito
 
 
La Didactique Pianistique
Marie-Christine Calvet
Mars 2011


La didactique pianistique étudie les processus de transmission et d’appropriation des connaissances en vue de les améliorer. Elle analyse aussi les conditions dans lesquelles les sujets apprennent ou n’apprennent pas, et porte une attention particulière aux problèmes spécifiques que soulève le contenu même des savoirs et savoir-faire dont l’acquisition est visée.

Le rôle décisif dans l’apprentissage revient finalement toujours à l’apprenant. C’est lui qui forme et qui construit les connaissances en réponse aux problèmes qu’il se pose.



Cette conception de l’apprentissage où l’élève ou l’apprenant est l’acteur principal, conduit fondamentalement à penser le rôle de l’enseignant ou du formateur comme celui d’un médiateur et d’un metteur en scène.


Pour être bien joué, ce rôle demande des compétences générales concernant l’intelligence, l’apprentissage, la personnalité et les relations interpersonnelles, l’action ou le langage. Il demande aussi une claire représentation des notions et des contenus des apprentissages, c’est-à-dire à la fois des savoirs de référence disciplinaires et professionnels et des chemins, souvent jalonnés d’obstacles, par lesquels l’apprenant s’approprie progressivement ces savoirs.


Il paraît aujourd’hui indispensable de bien maîtriser un domaine de connaissance et d’être en mesure de résoudre les problèmes épistémologiques qu’il soulève (entendons par épistémologie dans un sens volontairement restreint du terme, la relation qu’entretient un savoir ou un savoir-faire avec les problèmes pratiques ou théoriques auxquels il apporte une réponse), pour analyser et organiser les compétences au cours de l’apprentissage.


La didactique pianistique ne consiste pas seulement à montrer à l’apprenant comment faire, et à lui offrir ainsi des modèles  à imiter de gestes ou d’actions qu’il lui faut reproduire. Elle ne se résume pas non plus à énoncer des propositions  vraies  que l’apprenant doit enregistrer et apprendre sans les questionner. Les pratiques pédagogiques qui n’interrogent pas en profondeur le sens des gestes ou des énoncés peuvent avoir des effets délétères qui obèrent la construction des savoirs par les élèves.


Si la recherche en didactique a entrepris l’étude systématique des savoirs, des savoir-faire et de leurs processus de transmission et d’appropriation, c’est justement parce que les schémas traditionnels de transmission des savoirs - j’énonce, tu enregistres, tu apprends - et de transmission des savoir-faire - je montre, tu répètes, tu t’exerces - n’ont pas les meilleurs résultats en termes d’appropriation et de performance.


Le Musical est un domaine artistique et comme tel trop souvent considéré comme éloigné de contours objectifs et structurels. Les étudiants, et ceci quels que soient leurs niveaux, se trouvent confrontés à des  énoncés savants  qui, coupés de la réalité d’une pratique instrumentale quotidienne, deviennent abstraits et de ce fait lettres mortes.


Les élèves, même après de nombreuses années d’étude, se heurtent à leur manque d’autonomie. Ce défaut de libre arbitre est la plupart du temps causé par une assimilation défaillante des principes liés à l’apprentissage. Il provient aussi du rapport trop lointain que beaucoup entretiennent entre leur savoir et les aspects concrets et pratiques de leur discipline.


La didactique pianistique se fonde sur des connaissances réunissant tous les matériaux qui touchent de près ou de loin l’étude instrumentale.



Elle décline le Musical selon trois plans distincts et complémentaires:



- Le plan textuel (connaissance de tous les signes du texte musical, symboles, annotations littérales, ponctuation musicale...), qui exerce la perception visuelle de l’élève et établit une théorie claire sur la sémantique d’un texte musical,



- Le plan sonore (connaissance du matériau son, de ses modulations, de ses formes...), qui exerce sa perception auditive et ouvre un accès et une réflexion sur la mise en forme et la manipulation pratique du matériau brut sonore,



- Le plan gestuel (connaissance des lois de la physiologie, morphologie, anatomie), qui exerce sa perception kinesthésique et organise son équilibre corporel et ses moyens d’action.




L’étude instrumentale est ainsi construite sur le triple aspect du Musical : le signe, le son et le geste, et sur l’étude des liens qui les unissent.


Ainsi conçue, l’apprentissage instrumental simplifie le travail au quotidien. Il permet de réduire la marge de subjectivité interprétative liée au manque de clarté et de rigueur d’un apprentissage incomplet. Il développe par ailleurs chez l’apprenant un rééquilibrage de toutes ses facultés d’apprentissage : visuelles, auditives et kinesthésiques.


Le triptyque du Musical « signe, son, geste » établit un système coordonné. Il permet immédiatement à l’apprenant de conduire son travail au quotidien de façon autonome. Dans cette nouvelle optique, l’instrumentiste acquiert petit à petit un système de connaissances sur lequel il fonde sa liberté et dont il peut s’échapper pour laisser libre cours à sa fantaisie artistique.


Seule une réelle rigueur en matière d’apprentissage peut conduire à une imprégnation optimale des savoirs et des savoir-faire et viser à maintenir vivante la transmission d’un héritage en matière d’art instrumental et d’interprétation.


Cet enseignement du piano qui consiste à explorer tout ce qui relève du Musical est à coup sûr une voie dans laquelle l’interprète doit « s’engager ». Elle prévient, elle guide, elle informe, en un mot, elle évite les temps d'errance qui coûtent parfois tant d'années à bon nombre d'artistes de talent.


Ainsi, avec la détermination aiguisée d'observer et de comprendre les aboutissants et les conséquents d'une seule page de musique sur notre structure propre, nous parvenons finalement à démêler un à un les « fils de la pelote » du jeu instrumental et de l’interprétation.



De la confusion initiale surgit finalement une logique parfaite, rigoureuse et harmonieuse,

… Au bout du compte une "Divine simplicité".