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4 Avril 2011

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28 Avril 2011

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Archées et Interprétation
 
L'IMMANENCE DANS L'OEUVRE DE CLAUDE DEBUSSY (Musique, extraits : Prélude 1° Livre - "Voiles", Chidren'corner - "The snow is dancing")

INSPIRATION CREATRICE


Claude Debussy est un innovateur sur le plan sonore ; détenteur de la subtilité des impressions du monde sensible, il manifeste immédiatement le désir de rompre avec les limites établies que lui imposent les règles de composition de son époque.


Nuages - Claude Monet

L'utilisation faite jusqu’alors du matériau sonore ne lui convient pas et c'est dans l'ébranlement de la conception purement acoustique de la musique que Debussy impose la libération de chacun des facteurs d'expression musicale.


Femme au parasol – Claude Monet

Avec lui, la palette sonore s'élargit : le son s’étend «dans la lumière de l’air libre», il peut aller toujours plus loin comme le peuvent le «Vent dans la plaine» et les sens, dans la perception du monde des choses et des êtres.

C'est dans cette intuition, cette foi en l'invisible, le suggéré, l'impalpable, que Debussy puise son art : la musique peut, elle aussi, perdre ses limites, ses cadres, ses traits et comme la peinture, ne percevoir de l'objet que ses émanations.

Avec Debussy, le son perd son centre, la résonance n'habite nulle part, l'harmonie comme l'acoustique font exploser les frontières du fini et comme chez Claude Monet, ce n'est plus la fleur qui apparaît, mais seul son éclat.



La musique de Debussy n'émeut pas mais suggère ; le sentiment est révélé par l'essence invisible des choses et, plus que par une appréhension directe du monde, il confie l'éveil de nos sens endormis à l'immanence de l’espace vivant.

L'inspiration créatrice de Debussy se fonde sur le culte de la transparence, sur tout ce qui échappe à la forme, ce qui se donne à sentir sans se donner à voir.


Impression soleil levant – Claude Monet


SYMBOLES


"La musique doit exprimer l'inexprimable...".


Cette phrase chère à Debussy, sous-entend la multitude des possibles des évocations du langage musical. Jusqu'à lui, la musique servait les sentiments et les passions.

Qui pouvait, en effet, échapper au génie titanesque de Wagner ? Génie qui engloutissait peu à peu l'Europe dans un symbolisme dirigiste, parfois pesant et qui laissait peu de place à l'imagination vagabonde.


Chailly – Claude Monet



Prince de la couleur qui, sans imposer, suppose, sans diriger, influe, Debussy est le seul compositeur à opposer à la diction catégorique et à l’expressionisme germaniques, un contre-pied de taille : l'évocation au sens large, au sens universel, la pluralité des images et des sentiments au-delà de l'objet, intelligible par tous, la liberté magique d'introduire sans forcer des senteurs et des brises légères en informant à mi mots, en suggérant toujours. Telle est, pour Debussy, la véritable vocation de la musique.

A sa muse, la mer, Debussy attribue tous les visages de son éloquence poétique : l'océan outrepasse la symbolique même de l'eau ; la mer ne se referme pas seulement sur le mouvement, le mystère, la transparence ou la fluidité, elle est aussi miroir de lumière, de reflets, pays lointains et voyages au bout du temps, elle évoque la terre absente, la matière disloquée, en elle, l'espace rejoint l'éther.


Falaises d’Etretat– Claude Monet


Rien de tangible, rien de palpable et comme Baudelaire pour qui "Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir...", c'est dans une sensualité sans réserve qu'il faut chercher les courbes sans cesse renouvelées, les facettes d'émanations changeantes et contrastées qui impriment nos sentiments de quelques subtiles traces.


Forêt de Fontainebleau – Claude Monet

L'art de Debussy exulte d'une allégresse toute particulière, celle de la beauté, de l'essence impalpable de la nature et des êtres.




ARCHETYPES ET FACTEURS D'EXPRESSION MUSICAUX


Le son n'a jamais connu pareil défi ; avec Debussy, il devient résonance, transparence, et liquidité ou encore reflet, couleur et senteur.

Certes, il fallait opérer une révolution musicale, il fallait aussi oser croire que le matériau sonore détient tous les secrets d’un langage implicite. Debussy n'a pas été le simple précurseur de l'Ecole de Vienne ou le vaillant combattant du monopole musical allemand, il affirme pour la première fois la vibration avant le son, vibration changeante qui ouvre sur un univers jusqu'alors méconnu, insoupçonné.

Jamais l'harmonie et l'acoustique n'ont connu pareille métamorphose. Avec lui, tous les attributs du son, les facteurs premiers de timbre, d'intensités et de temps, connaissent un éclatement fatal à l'unité tonale et aux paramètres acoustiques de l'époque.

Parce qu'elle introduit le son dans l'univers de la sonorité, la musique de Debussy a changé radicalement notre écoute. Elle présente un monde nouveau et requiert de l'interprète comme de l'auditeur, une toute aussi nouvelle façon d'appréhender les sons. Ainsi, en posant les principes de son art, nous déterminons les principes de son monde sonore s’il est vrai qu'en musique le son fait écho à l'idée.

Si le jeu pianistique de Debussy n'est comparable à aucun autre c’est parce que l'archétype qui sous-tend son œuvre est celui de l'absence de trait, l’Immanence, secrète présence de tout ce qui sous tend la Vie et l’existence au monde.

Adéquat à l'Idée musicale, le son n'a plus d'épaisseur et cultive sa propre désagrégation. La vibration sonore appelle nos sens vers des horizons flous, aux contours vagues, elle sait se faire discrète pour que surgisse l’archétype d'immanence, maître d'œuvre de cet art subtil de l’évocation, indéterminée, transparente, insaississable.





« VOILES » (EXTRAIT DES PRELUDES 1ER CAHIER)




La toile des voiles sur la mer se gonfle, s’étire. Poussé par les vents, le mât claque sur l’onde que rythme une légère brise. Le bateau danse au gré des flots qui libèrent les senteurs âcres de la mer, les reflets du chatoiement de ses vagues...

Ce prélude du premier cahier nous fait vibrer à l’unisson des éléments ; tout y est liquide, impalpable et pourtant présent, comme pour nous rappeler les flux incessants et multiples qui commandent à l’existence.



Trouville – Claude Monet




« THE SNOW IS DANCING » (EXTRAIT DES CHILDREN’S CORNER)





Camille Monet – Claude Monet

C’est avec la tendresse d’un père mais aussi celui du regard de l’adulte, que Debussy se penche sur le monde des enfants en dédiant le recueil du « Coin des enfants » à sa fille Chouchou.

L’univers exalté de toutes ces pièces enfantines nous plonge dans notre propre espace oublié ; la douceur et la sérénité de l’ours en peluche retrouvé, l’histoire amoureuse de la petite poupée, le drame de la petite marchande d’allumettes pieds nus dans la neige ou l’écho de la flûte dans les montagnes rappellent qu’aux années bienheureuses, les êtres et les choses possédaient tous une âme.


C’est par la magie sonore que Debussy, à travers ses harmonies subtiles, ses rythmes évasifs, le jeu de ses tessitures, voile en même temps qu’il suggère les images à peine ébauchées de cet espace du dedans, cette mémoire enfouie, que les sonorités et les demi-teintes mettent à nouveau au grand jour.

Chaque note cache une esquisse de notre jeunesse et de nos histoires enfantines ; les rires comme les larmes remontent à la surface aux accents de la mélodie qui, dans le secret des cœurs, fait ressurgir les regrets du passé...


Une invitation à la « recherche du temps perdu » dans l’espace sonore.